Droit pénal - atteintes aux biens

Avocat escroquerie et abus de confiance à Versailles

Ces deux infractions se confondent souvent alors qu'elles reposent sur des mécanismes opposés, et leur régime de prescription réserve des surprises. Maître Hector Lajouanie, avocat pénaliste au barreau de Versailles, analyse la qualification retenue et le calendrier de la procédure.

Mis à jour le 29 juillet 2026

L'escroquerie et l'abus de confiance sont deux délits punis des mêmes peines, cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende, mais leurs mécanismes s'opposent. L'escroquerie, définie par l'article 313-1 du code pénal, suppose une tromperie antérieure à la remise : la victime remet un bien parce qu'elle a été trompée. L'abus de confiance, défini par l'article 314-1, suppose au contraire une remise parfaitement licite, suivie d'un détournement : le bien a été confié pour un usage déterminé, et il a été utilisé autrement. Cette différence n'est pas académique. Elle détermine le texte applicable, la charge de la preuve, la possibilité de poursuivre une tentative, et surtout le point de départ du délai de prescription, qui est le premier calcul à faire dans ce type de dossier.

Votre situation

Deux infractions, deux mécanismes opposés

L'escroquerie : la tromperie précède la remise

L'escroquerie suppose des manœuvres frauduleuses, l'usage d'un faux nom, d'une fausse qualité, ou l'abus d'une qualité vraie, qui ont déterminé la victime à remettre des fonds, un bien, ou à consentir un acte. La tromperie est antérieure : sans elle, la remise n'aurait pas eu lieu.

Le simple mensonge ne suffit pas. La jurisprudence exige des manœuvres, c'est-à-dire des éléments extérieurs venant appuyer l'affirmation mensongère : un document falsifié, l'intervention d'un tiers, une mise en scène. C'est un point de discussion constant.

L'abus de confiance : le détournement suit une remise licite

À l'inverse, l'abus de confiance suppose que le bien ait été remis volontairement et régulièrement, à charge de le rendre, de le représenter ou d'en faire un usage déterminé. L'infraction naît du détournement postérieur.

Les situations les plus fréquentes : un salarié ou un dirigeant qui utilise à des fins personnelles des fonds ou du matériel de l'entreprise, un mandataire qui dispose des sommes d'un mandant, un associé qui conserve un bien social, un proche à qui la gestion des comptes d'un parent âgé avait été confiée.

Pourquoi la distinction change tout

Elle emporte au moins trois conséquences pratiques. La preuve porte sur des éléments différents : les manœuvres dans un cas, l'affectation initiale du bien dans l'autre. La tentative d'escroquerie est punissable, alors que la tentative d'abus de confiance ne l'est pas, faute de texte l'incriminant. Et le point de départ de la prescription se calcule différemment. Ces deux qualifications se distinguent enfin du vol et du recel, qui supposent une soustraction ou la détention d'un bien d'origine frauduleuse.

Le contexte familial : l'immunité qui fait obstacle aux poursuites

Beaucoup de plaintes pour abus de confiance naissent d'un conflit successoral ou de la gestion des biens d'un parent vieillissant. Or le code pénal prévoit une immunité familiale : les poursuites pour vol, escroquerie et abus de confiance sont écartées lorsque les faits sont commis au préjudice d'un ascendant, d'un descendant ou du conjoint.

Cette immunité connaît des exceptions importantes, notamment lorsque les faits portent sur des documents ou objets indispensables à la vie quotidienne, ou lorsque la victime est une personne particulièrement vulnérable. Elle ne joue pas non plus entre époux séparés de corps.

C'est une vérification de première intention dans tout dossier intrafamilial, et elle est très rarement soulevée spontanément.

Documents contractuels examinés dans le cadre d'une affaire d'abus de confiance
Contrats, mandats et relevés : dans ces dossiers, la défense se construit sur les pièces avant de se plaider.
Ce que vous risquez

Les peines encourues

Peines maximales prévues par le code pénal. Le quantum réellement prononcé dépend du dossier, du préjudice et des antécédents.
InfractionTextePeine encourue
EscroquerieArt. 313-15 ans et 375 000 €
Escroquerie aggravéeArt. 313-27 ans et 750 000 €
Escroquerie en bande organiséeArt. 313-210 ans et 1 000 000 €
Abus de confianceArt. 314-15 ans et 375 000 €
Abus de confiance aggravéArt. 314-27 ans et 750 000 €
Abus de confiance par un mandataire de justice ou un officier public ou ministérielArt. 314-310 ans et 1 500 000 €
Abus de faiblesseArt. 223-15-23 ans et 375 000 €

Les circonstances aggravantes de l'escroquerie visent notamment les faits commis par une personne dépositaire de l'autorité publique, par une personne se prévalant faussement d'une telle qualité, au préjudice d'une personne dont la vulnérabilité est apparente, ou avec appel au public.

La prescription : le point le plus déterminant, et le plus mal connu

Le délai de droit commun applicable à ces délits est de six ans à compter du jour de l'infraction. Mais l'escroquerie et l'abus de confiance sont fréquemment qualifiés d'infractions occultes ou dissimulées, parce qu'elles ne sont par nature découvertes qu'après coup.

Dans ce cas, le point de départ du délai n'est pas la date des faits mais le jour où l'infraction est apparue et a pu être constatée dans des conditions permettant l'exercice de l'action publique. Ce report est plafonné par un délai butoir : les poursuites ne peuvent être engagées au-delà de douze ans à compter du jour des faits pour un délit.

La conséquence est très concrète : des faits anciens de plusieurs années restent poursuivables, et la date de découverte devient un enjeu de défense à part entière. Établir que la victime disposait des éléments plus tôt qu'elle ne l'affirme peut suffire à faire tomber la poursuite.

Les peines complémentaires

Interdiction de gérer ou de diriger une entreprise, interdiction d'exercer l'activité professionnelle à l'occasion de laquelle l'infraction a été commise, interdiction des droits civiques, civils et de famille, confiscation, affichage ou diffusion de la décision. Dans un contexte professionnel, ces peines pèsent souvent plus lourd que la peine principale.

Comment le cabinet intervient

L'intervention du cabinet, étape par étape

1. Calculer la prescription avant toute chose

C'est la première opération. Date des faits, date de découverte alléguée, éléments dont la partie plaignante disposait effectivement et à quel moment, date des premiers actes de poursuite. Dans les dossiers d'affaires ou de succession, ce calcul détermine parfois à lui seul l'issue.

2. Discuter la qualification

Escroquerie ou abus de confiance, les deux ne se plaident pas de la même façon. Une plainte mal qualifiée expose à une requalification, et une qualification d'escroquerie suppose des manœuvres que le simple mensonge ne caractérise pas. Sur l'abus de confiance, la discussion porte sur l'affectation initiale du bien : ce qui n'a pas été remis à charge d'un usage déterminé ne peut pas être détourné au sens du texte.

3. Vérifier l'immunité familiale

Dans tout dossier opposant des membres d'une même famille, examen systématique de l'application des articles 311-12, 313-3 et 314-4 du code pénal et de leurs exceptions.

4. Traiter le volet civil en parallèle

Ces dossiers ont presque toujours un versant contractuel, commercial ou successoral. La plainte pénale est fréquemment déposée pour peser sur une négociation en cours. Articuler la défense pénale avec la procédure civile ou commerciale, plutôt que de les traiter séparément, change souvent l'issue des deux.

5. Soulever les nullités de procédure

Régularité de l'audition libre et notification des droits, régularité de la garde à vue, cadre légal des perquisitions dans des locaux professionnels, saisies de documents couverts par un secret professionnel ou par la confidentialité des correspondances avec un avocat, conditions d'exploitation de la messagerie professionnelle et des données informatiques, régularité des réquisitions bancaires.

Ces exceptions se présentent devant le tribunal correctionnel avant toute défense au fond. Soulevées ensuite, elles sont irrecevables. Les dossiers d'affaires les plus complexes passent fréquemment par une mise en examen et une instruction, les autres par une convocation devant le tribunal.

Questions fréquentes

Questions fréquentes sur l'escroquerie et l'abus de confiance

Dans l'escroquerie, la tromperie précède la remise : la victime remet un bien parce qu'elle a été trompée par des manœuvres frauduleuses. Dans l'abus de confiance, la remise est licite et volontaire, et l'infraction naît du détournement postérieur d'un bien confié pour un usage déterminé. Les deux sont punis de cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende.

Cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende pour l'escroquerie simple, sept ans et 750 000 euros en présence d'une circonstance aggravante, dix ans et un million d'euros lorsqu'elle est commise en bande organisée. Des peines complémentaires s'y ajoutent fréquemment, notamment l'interdiction de gérer.

Les mêmes que pour l'escroquerie simple : cinq ans d'emprisonnement et 375 000 euros d'amende. La peine est portée à sept ans et 750 000 euros dans les cas aggravés, et à dix ans et 1 500 000 euros lorsque les faits sont commis par un mandataire de justice ou un officier public ou ministériel.

Six ans à compter du jour de l'infraction en principe. Mais lorsque l'infraction est occulte ou dissimulée, ce qui est fréquent en matière d'escroquerie et d'abus de confiance, le délai ne court qu'à compter du jour où elle est apparue et a pu être constatée. Les poursuites restent alors possibles jusqu'à douze ans après les faits.

Pas dans tous les cas. Le code pénal prévoit une immunité qui fait obstacle aux poursuites pour vol, escroquerie et abus de confiance commis au préjudice d'un ascendant, d'un descendant ou du conjoint. Cette immunité comporte des exceptions, notamment lorsque les faits portent sur des documents indispensables à la vie quotidienne ou lorsque la victime est particulièrement vulnérable. C'est une vérification systématique dans les dossiers familiaux et successoraux.

La tentative d'escroquerie est punie des mêmes peines que l'escroquerie consommée. La tentative d'abus de confiance ne l'est pas : aucun texte ne l'incrimine. C'est l'une des différences pratiques les plus importantes entre les deux qualifications.

Non. Le remboursement n'éteint pas l'action publique et l'infraction reste constituée. C'est en revanche un élément déterminant dans la décision du procureur, dans l'accès aux alternatives aux poursuites, et dans la peine si l'affaire est jugée. Il se met en place avec un conseil, pour être valorisé et documenté.

S'y présenter, mais jamais sans avoir préparé le dossier. Dans ces affaires, la défense repose sur des pièces : contrats, mandats, relevés, échanges écrits, comptabilité. Une audition menée sans ces éléments laisse s'installer une version des faits qu'il faudra ensuite défaire. Vous avez le droit d'être assisté d'un avocat et de garder le silence.

Page rédigée par Maître Hector Lajouanie, avocat au barreau de Versailles, ancien secrétaire de la Conférence.

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Le cabinet est situé au sein d'un hôtel particulier qui jouxte le château de Versailles, au 4 place Gambetta, 78000 Versailles.

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